Social Glass
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Dakota et Zazie passent la porte de cet appart de luxe comme deux nanas qui ont vraiment pas envie de se partager l'espace ce soir. Le lieu est cher mais ça sent la mort : sols en marbre parfaits, zéro vie. Le téléphone de Dakota vibre sans arrêt dans sa main. Zazie capte la lumière bleue sur son visage et lâche un petit rire moqueur.
La tension est tellement forte qu'on dirait un élastique sur le point de craquer. Dakota tripote ses cheveux, ses faux-cils, sa mâchoire, comme si la caméra allait apparaître d'un instant à l'autre. Zazie ne bouge pas, juste à l'observer. Elle sait combien de personnes veulent ces lèvres, cette chevelure, le paquet entier que Dakota vend en ligne. Leurs voix s'aiguisent sur les followers, les filtres, ce sourire qui se fige dès qu'il n'y a plus personne. Les murs enregistrent chaque pique, chaque râle. Dakota veut que Zazie dégage ; Zazie veut qu'elle avoue que sa vie parfaite est bidon. Aucune des deux ne lâche.
Elles tournent de plus en plus près pendant qu'elles se disputent. La robe de Dakota glisse, dévoilant la peau que le reste du monde paie pour imaginer. Les yeux de Zazie descendent lentement, furieux et affamés. La dispute bascule d'un coup en autre chose : mains qui agrippent les poignets, dents qui attrapent les lèvres, chaleur qui monte entre les hanches avant qu'elles n'aient le temps de réfléchir. Le téléphone tombe, écran vers le bas.
Puis l'appart les trahit. Un script fantôme apparaît sur le laptop de l'autre côté, effaçant les posts, supprimant les commentaires, retirant Dakota de son propre feed. Quelqu'un l'avait lancé des heures plus tôt. La panique devient violente. Zazie crache des années passées dans l'ombre à côté de celle que tout le monde swipe. Dakota encaisse chaque mot comme des coups. Les accusations sortent brutes et brûlantes jusqu'à ce que la rancœur se heurte encore aux bouches, que les fringues tombent, que la peau glisse l'une contre l'autre, que les gémissements couvrent l'alarme qui sonne dans la pièce d'à côté. Elles se frottent avec les lumières allumées et les téléphones éteints, leurs prénoms répétés comme un secret que le net ne connaîtra jamais.













